Exposé présenté à la bibliothèque de La Tour d'Aigues le 11 avril 2015 et dédié à Bernard Maris, économiste assassiné le 7 janvier 2015 lors de l'attentat de Charlie Hebdo.
La crise de 2008 en 5 thèmes et 30 livres.
Éléments de
méthode et de vocabulaire
- Des livres récents (depuis 2008), centrés sur l’analyse de la crise, de préférence lisibles par des non spécialistes ;
- Pas de chiffres (ou le moins possible…), une approche par grands thèmes
- Définition de Gramsci : “La crise, c’est quand le vieux monde se meurt et que le nouveau monde peine à naitre ». En économie, la crise s’est le retournement après une phase de croissance et avant une phase de récession (ou de dépression). Sens plus général : période pendant laquelle l’économie « dysfonctionne ».
Pourquoi
les crises reviennent toujours ?
·
Les crises d'ancien régime :
crises de sous-production, en application de la loi de Malthus, alors que les crises
capitalistes : crises de surproduction. Révolution
industrielle. Progrès technique. Rôle
de l’occident. Daniel Cohen [6]
citation page 18-19.
·
Pourquoi le capitalisme ouvre la
possibilité de crises de
surproduction ?
·
Régularité
des
cycles économiques (une dizaine d’années).
Expansion, krach financier, dépression. Marcel
Bruno [16]
·
Des crises plus profondes ou plus
longues que les autres : 1873, 1929, 1973. Chalmin
[4] :
l’histoire des crises et des guerres
vont souvent de pair, mais aussi les innovations technologiques (électricité
à la fin du XIX°, informatique dans les années
1980) => La théorie de l’innovation de
Schumpeter.
La
crise de 2008, une crise comme les autres ?
·
Comme les autres crises, elle a pris
les économistes par surprise, malgré
de nombreux signaux d’alerte (Mexique, Argentine, Japon,
Thaïlande, Corée) : croyance en la maitrise des
fluctuations économiques depuis la crise de 1929 et
Keynes. => La Grande Modération (Ben
Bernanke, directeur de la Fed) et Irving Fisher en 1929. Keen [10], Varoufakis
[30] citation page 33.
·
Elle présente
des caractéristiques très
proches de celle de 1929 : spéculation effrénée,
crise des subprimes Krugman [12], Stiglitz [28] citation page 163;
krach financier, effondrement de la production, chômage
massif. Sans rentrer dans les chiffres, sans doute la plus forte crise qu’a
connue le capitalisme. Cas de l’Islande :
Stiglitz [28] citation page 75.
·
Un contexte différent
de la crise de 1929 : triomphe du capitalisme libéral
et disparition de l’URSS ;
les Etats-Unis comme « pompe aspirante du capitalisme » ;
une mondialisation des échanges :
même la Chine et les pays émergents
sont entrainés dans la crise. Daniel Cohen [5], Chalmin [4], Varoufakis [30]
·
Oubli des leçons
de 1929 (abrogation du Glass-Steagall Act), développement et libéralisation d’un secteur
financier marqué par une soif de profit et la cupidité (« greed »),
pyramide de Ponzi, importance de l’endettement privé aux Etats Unis et public en Europe et
l’interdépendance des banques devenues « trop grandes pour faire
faillite » Roosevelt
[27] citation page 58, Paul Krugman [12] ; Joseph Stiglitz
[28], Roche [26] citation page 129.
.
Et
l'Europe ? Et la France ?
·
L'Europe plus touchée
que l'Amérique et l'Asie ? La crise s’est
propagée très rapidement à
l’Europe (et à tous les pays émergents)
et a entrainé des conséquences
aussi dramatiques. Varoufakis [30]
·
Austériens
contre néokeynésiens ;
austérité
ou « la spirale de la
mort » contre politiques
de relance « qui alourdissent le poids de la dette ».
Flichy [8], Krugman [13], Colmant
& Jorion [7]
·
Les difficultés
spécifiques de la zone euro et des
institutions européennes :
une monnaie commune mais pas de politique économique commune. Faiblesse de la
gestion des crises, par comparaison aux USA. Ce qui pose le problème
particulier de la dette publique ? François Lenglet [15]
citation page 68, Jean Pisani-Ferry [23], oncle Bernard [19] citation page 263.
·
Cas spécifique de
la France : une économie trop rigide où le poids de l’Etat est trop fort,
où la société est hostile à la liberté économique, qui doit relever son niveau
de compétitivité, où les investissements privés restent trop faibles Peyrelevade [20], Landier [14], Artus
& Virard [1] ou bien une
économie où la protection sociale, les dépenses publiques et le partage du
travail ont permis d’amortir la crise et d’éviter une cure d’austérité, Rocard [25] ?
Les
conséquences de la
crise
·
Une volonté
inaboutie
de réglementer le secteur financier, union
bancaire en Europe, procès aux USA contre des dirigeants de
grandes banques : Roche [26], Stiglitz [28], Colmant & Jorion [7] sur l’interdiction
de la spéculation : citation page 104
·
Les effets sur l'emploi : développement
du temps partiel, du travail en miettes, diminution de la part des salaires
dans le revenu national. Rocard [25].
·
Une baisse du niveau de vie global : Artus & Virard
[1], citation page 133
·
Une remise en cause des systèmes
de protection sociale et des services publics Aubenas
[1&2] citation En France page 13, Ouistreham page 95
·
Les effets sur la santé
et
sur la cohésion sociale. Stuckler [25]
Paysage
7 ans après la crise
·
La remise en cause de la pensée
économique dominante, incapable de prévoir
les crises et qui ne tient compte ni de la monnaie, ni de l’endettement
Keen [10] ; critique du rôle
des « experts » :
Mauduit [17], citation sur le cas
Artus pages 79 à 83.
·
Retour d’un
accroissement des inégalités
depuis 1970 et de l’endettement Piketty [21&22] citation page 378.
·
Crise écologique,
développement de la consommation ostentatoire et théorie
de Thorstein Veblen Kempf [11] citations
pages 80 et 90;
·
Quelles solutions à
long terme ? Les innovations technologiques et
les nouvelles formes de coopération (partage et réseaux
sociaux) donneront naissance à un nouveau mode de développement
et entraineront la disparition du capitalisme ?
Rifkin [24] Ou
bien faut-il chercher un nouveau modèle de développement,
avec de nouveaux moyens d’augmenter la productivité ?
Artus & Virard [1]
·
Faut-il abandonner la mystique de la
croissance ? La recherche de la croissance à
tout prix est critiquable Meda [15] ; notamment
parce que la situation écologique de la planète
ne peut le supporter Kempf [9] ;
entrer dans la voie de la décroissance ou imaginer une croissance
plus riche en emploi et compatible avec un développement
écologique durable Gadrey
[7] ?
La bibliographie utilisée est disponible ci-dessous.
La CRISE DE 2008 EN 30 LIVRES
1.
Artus Patrick, Virard Marie-Paule, Croissance
zéro (Comment éviter
le chaos), Fayard, 2015.
Patrick Artus est
économiste chez Natixis, universitaire et membre du CAE auprès du Premier
Ministre ; Marie-Paule Virard est journaliste économique. Leur livre
s’efforce de montrer que la crise de 2008 masque un ralentissement général de
la croissance liée à une démographie en berne, àla baisse des gains de
productivité et à l’affaiblissement du progrès technique et pourrait conduire à
une baisse généralisée du niveau de vie et un renforcement des inégalités (page
133-135).
2.
Aubenas Florence, En France, Editions de l’Olivier,
2014, 238 pages
Florence
Aubenas est grand reporter pour Le Monde après
l’avoir été pour Libération et Le Nouvel Observateur. Dans
ce livre, elle fait le récit de
vies multiples, souvent victimes de la crise, de la pauvreté et
d’une
profonde misère
culturelle.
3.
Aubenas Florence, Le Quai de Ouistreham, Editions de l’Olivier,
collection Points 2010, 238 pages
L’auteure s’est inscrite au chômage en 2009, sans révéler
qu’elle était journaliste et Pôle emploi lui a proposé de
devenir agent de propreté
dans des entreprises de nettoyage des ferries. Elle raconte
sa plongée dans le
monde de la précarité où il
n’y a plus
d’emploi
mais des « heures ».
4.
Chalmin Philippe, Crises (1929, 1974, 2008. Histoire et espérances),
François Bourin Editeur, 2013, 92 pages.
L’auteur est historien et économiste, professeur à Paris-Dauphine,
spécialiste
des marchés internationaux.
Description
de trois grandes crises, suivie de réflexions
sur les « recettes » utilisées pendant celles-ci, sur les « sorties de crise » (la
guerre pour celle de 29, le choc technologique du numérique pour celle de 74) et sur les « leçons » à en tirer. Un chapitre
est spécialement
consacré
à
la France et à son « modèle »,
mélange d’Etat centralisé et
d’amortisseurs
sociaux.
5. Cohen Daniel, La mondialisation et
ses ennemis, Hachette Littératures, 2004, 264 pages.
Daniel
Cohen est professeur de sciences économiques
à
l’ENS et éditorialiste associé au
journal Le Monde. La mondialisation ne tient pas ses promesses. Elle donne l’idée
d’une
proximité
nouvelle entre les nations qui n’est que virtuelle. Elle désigne à la fois l’absence d’intégration
des plus pauvres au capitalisme mondial et la présence
des pays du Nord comme horizon obsédant
du développement
économique.
6.
Cohen Daniel, La prospérité
du vice, une introduction (inquiète)
à l’économie,
Le Livre de Poche, Albin Michel, 2009, 320 pages.
Essai
sur l’histoire
de l’économie
occidentale qui tente de répondre
à
la question :
comment l’Occident,
qui a triomphé
de la loi de Malthus et a arraché ses
populations au règne de la
faim et de la misère,
a-t-il pu en arriver à
deux guerres mondiales, la crise de 1929 puis celle de 2008 ? Quel est le vice caché du
modèle de
croissance capitaliste ?
Ces tragédies
pourraient-elles se répéter dans d’autres parties du monde ? Le mythe grec d’Epiméthée (le frère de Prométhée) : pages 170-171.
7. Colmant Bruno, Jorion Paul, Penser l’économie autrement (Conversations
avec Marc Lambrechts), Fayard, 2014, 252 pages.
Les
auteurs sont des universitaires belges ;
le premier proche de la pensée
de Milton Friedmann, le second de celle de Keynes. Ils passent en revue les
différents
aspects de la crise :
dette publique, Europe, spéculation,
travail et emploi. Réflexions
intéressantes
sur la spéculation
et son interdiction (page 104)
8.
Flichy de La Neuville Thomas, Hanne Olivier, L’endettement
ou le crépuscule des
peuples, éditions de l’Aube,
2014, 110 pages.
Le
premier est professeur à
l’IEP de
Bordeaux et à
Saint-Cyr, le second, chercheur associé à l’Université d’Aix-Marseille. L’inflation de la dette, publique ou
privée, vient
du désir des
hommes de préserver
leur confort immédiat.
Depuis l’Antiquité, l’histoire
montre que la dette affaiblit les défenses
immunitaires des empires malades et se révèle une cause majeure d’affaiblissement géopolitique, en raison de la dépendance économique puis politique, voire
militaire qu’elle créé.
9. Gadrey Jean, Adieu à la croissance, Editions Les Petits Matins, Alternatives
économiques, 2010, 192 pages.
L’auteur
est collaborateur
de la revue Alternatives Economiques, professeur émérite à l'université de
Lille-I est également membre du conseil scientifique de l'organisation
altermondialiste Attac. Le livre est une remise en cause du culte de la
croissance, concept attaché à un monde en voie de dépérissement et trace des
pistes pour une autre prospérité, plus juste et plus douce.
10.
Keen Steve, L'imposture économique, Les Editions de l'Atelier
/ Editions ouvrières, 2014.
L'auteur
est un professeur d'économie
australien. Très
critique envers l'économie néoclassique dominante
("mainstream"), dont il examine et rejette tous les principaux
concepts, il pose les fondements d'une théorie
économique
fondée sur la
dynamique et non plus l'équilibre
général, et qui intègre les acquis d'économistes "hétérodoxes"
(Marx, Sraffa, les néokeynésiens).
11.
Kempf Hervé, Comment les riches détruisent
la planète,
Seuil, collection Points, 2007, 150 pages.
L’auteur est un journaliste spécialiste de l’environnement qui a tenu longtemps
une rubrique au Monde. Il estime que la cupidité de la classe
dirigeante (« la
secte mondiale des goinfres goulus »)
fait obstacle à
un changement d’orientation
de l’évolution
humaine, en privilégiant l’accroissement des richesses comme
seule voie possible. Son analyse s’appuie
en partie sur la théorie de
la « consommation
ostentatoire »
de Thorstein Veblen
12.
Krugman Paul, Pourquoi les crises reviennent toujours, Editions du
Seuil, Points Economie, 2009, 245 pages.
Paul
Krugman est professeur au MIT et prix Nobel d’économie
en 2008. Il est connu pour ses travaux en économie
internationale. Dans cet ouvrage il analyse les crises financières de plus en plus graves qui se
sont succédé depuis
1980 puis celle de 2008 qui a mené le système financier au bord de l’effondrement Il met au jour une crise
du système lui-même, de sa logique fondée sur la libre circulation des
capitaux et la recherche du profit maximum, alors qu’une prospérité durable suppose d’assurer la satisfaction des besoins
du plus grand nombre et de distribuer équitablement
le pouvoir d’achat.
13.
Krugman Paul, Sortez nous de cette crise… maintenant !,
Flammarion, Champs, 2013, 176 pages.
D’après
l’auteur,
les gouvernements occidentaux n’apportent
toujours pas des réponses
efficaces à
la dépression
déclenchée en 2008. Il préconise d’abandonner la politique d’austérité, de taxer les hauts revenus, de
lutter prioritairement contre le chômage
et les inégalités et de soutenir les populations
endettées. Donc
d’abandonner
la stratégie des « austériens » de revenir à une
stratégie keynésienne qui suppose davantage d’inflation.
14.
Landier Augustin, Thesmar David, 10 idées qui coulent la France, Flammarion,
Champs, 2014, 176 pages.
Tous
les deux professeurs, le premier à l’Ecole d’économie
de Toulouse, le second à
HEC. L’ouvrage
décortique
10 idées reçues au sujet de l’économie française. Parmi les chapitres les plus
convaincants : « Pour
sauver l’emploi,
il faut sauver l’industrie » (Idée n°2) ; « Il
nous faut un Etat stratège » (Idée n°4) ; « Le
culte de la concurrence :
voilà
l’ennemi » (Idée n°8) ; « La
solution à
la crise ?
C’est plus
d’Europe,
bien sûr » (Idée n°9).
15.
Lenglet François, Qui va payer la crise ?,
Librairie Arthème Fayard, Pluriel, 2013, 217 pages.
François Lenglet est rédacteur en chef à France
2 et chroniqueur au Point ;
il a dirigé
BFM Business et La Tribune. Intervieweur économique de l’émission « Des paroles et des
actes ».
Analyse très
critique des politiques mises en œuvre
pour sauver l’euro,
caractérisées par des plans de rigueur qui ont
rançonnés les contribuables au profit des épargnants et de la finance. Il
critique les institutions européennes
qui ne permettent pas aux pays de la zone euro de mener une politique budgétaire cohérente et renforcent la concurrence économique et fiscale entre eux.
16.
Marcel Bruno, Taïeb Jacques, Les grandes crises
(1873 – 1929
-1973 – 2008
- ?),
Cursus, Armand Colin, 2010, 254 pages.
Les
auteurs sont tous les deux agrégés de sciences sociales et
enseignants. Présentation
de la crise contemporaine, mise en perspective de l’évolution économique après la 2ème
guerre mondiale ;
analyses détaillées de la crise de 1929, de la grande
dépression : 1873 -1895, de la récession de 1974. Analyse théorique des difficultés contemporaines.
17. Mauduit
Laurent, Les imposteurs de l’économie,
(« Les économistes vedettes sous influence »), Pocket,
Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 260 pages.
L’auteur est un journaliste d’investigation qui a travaillé au Monde et à Libération.
Il a cofondé le site
d’information
Mediapart. Il examine le cas de différents
experts autoproclamés qui commentent souvent les
questions économiques
dans les media. Il montre les liens étroits
entre ces experts et le monde de la finance, le double jeu dont certains se
rendent coupables. Il précise le rôle des journalistes dans ce mécanisme.
18.
Méda Dominique, La Mystique de la
croissance (Comment s'en libérer),
Champs actuel, Flammarion, 2014, 310 pages.
L'auteure
est professeure de sociologie à Paris Dauphine,
ancienne élève de l'ENS, de l'ENA, et agrégée
de philo. Critique de la notion de croissance et de sa mesure le PIB. Si la
croissance revenait, elle ne résoudrait
sans doute pas le chômage et
aggraverait la crise écologique.
L'abandon de la "mystique de la croissance" et la reconversion écologique sont devenus indispensable
et nécessite
d'imaginer de nouveaux outils pour mesurer l'évolution
de nos sociétés.
19. Oncle Bernard (alias Bernard
Maris), Journal d’un économiste en crise, Les
échappés, Charlie Hebdo, 2013, 320 pages.
Bernard
Maris a été assassiné lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7
janvier 2015. Economiste, journaliste, professeur d’université, il était
chroniqueur dans ce journal depuis 1992. Le livre est un recueil des chroniques
qu’il a livrées de 2005 à 2012 et donnent une analyse souvent
drôle de la
crise de 2008 et de ses prémices.
Voir, en particulier, page 263, la chronique du 8 juin 2011 « Le dilemme de l’usurier ».
20.
Peyrelevade Jean, Histoire d’une névrose,
la France et son économie,
Albin Michel, 2014, 213 pages.
L’auteur a été membre du cabinet de Pierre
Mauroy et a présidé de
grandes entreprises (Crédit
Lyonnais). Il considère que la
France ne reconnait pas la place de l’entreprise
dans la société et
la vie politique française et y
voit la principale cause du « déclin français ».
21.
Piketty Thomas, L’économie
des inégalités,
La Découverte, collection Repères,
2008, 121 pages.
Thomas
Piketty est directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Ecole d’économie
de Paris.
22.
Piketty Thomas, Le capital au XXIème
siècle,
Editions du Seuil, collection « Les Livres du
Nouveau Monde », 2013, 960
pages.
L’auteur analyse l’évolution des inégalités
sur le très long
terme et sur de nombreux pays. Elle renouvelle la compréhension du capitalisme en situant sa
contradiction fondamentale entre la croissance économique
et le rendement du capital et en montrant comment le décrochage des plus hautes rémunérations
et la concentration extrême des
patrimoines menacent les valeurs de méritocratie
et de justice sociale des sociétés démocratiques.
23.
Pisani-Ferry Jean, La crise de l’euro et comment
nous en sortir, Librairie Arthème
Fayard, collection Pluriel, 2013, 245 pages (avec un glossaire et une
chronologie).
Jean
Pisani-Ferry est directeur du think tank européen
Bruegel et commissaire à
la stratégie
et à
la prospective en France. Le livre analyse la crise financière qui a ébranlé la zone euro entre
2009 et 2012, alors que l’on
croyait celle de 2008 maitrisée et montre comment une crise banale dans une
petite économique
(la Grèce) a
gagné
un pays après
l’autre et
a menacé
d’emporter
tout l’édifice
européen.
24. Rifkin Jeremy, La nouvelle société du coût marginal
zéro, Les liens qui
libèrent, 2014, 510 p.
L'émergence des communaux
collaboratifs, comme les sites Internet de partage ou de troc, l'Internet des
objets, celui des imprimantes 3D, et la mise en réseau des énergies recyclables
doivent tout changer et entrainer la disparition du capitalisme, concurrencé
par ces modes d'échange reposant sur le partage et la location plutôt que
l'achat.
La thèse est séduisante,
et on apprend énormément de choses. Mais Rifkin omet de traiter plusieurs
questions importantes. Pourquoi les "communaux" ne seraient-ils pas
plus complémentaires que substituables au capitalisme ? De nombreux sites
Internet initialement gratuits sont devenus payants, et d'autres qui sont
restés gratuits, tels que Google ou Twitter, sont cotés en Bourse, comme toute
grande entreprise capitaliste.
D'autre part, Rifkin ne
nous explique pas comment la transition pourrait se faire : comment
dédommager les hôteliers concurrencés par Airbnb, le site d'offres de logements
temporaires ? Et comment l'économie collaborative pourrait-elle s'étendre
à des biens privés, tels que le logement, la nourriture, l'acquisition
d'objets ?
Au final, Rifkin fonde
beaucoup d'espoir sur la génération du Millénaire, qu'il estime plus altruiste
et moins portée sur la consommation que ses aînés. Mais ces nouveaux
comportements résultent en partie d'un effet d'âge, et de la crise.
Perdureront-ils ?
25.
Rocard Michel, Larrouturou Pierre, La gauche n’a
plus droit à l’erreur,
Flammarion, 2013, 368 pages.
Michel
Rocard plusieurs fois ministre et ancien Premier ministre. Pierre Larrouturou
est ingénieur
agronome et économiste,
président de
la fondation Edgar Morin. D’après Marianne « l’un des cinq économistes qui avaient annoncé la
crise financière ».
Les
auteurs mettent l’accent
sur l’ampleur
et la profondeur de la crise, la première
vraiment mondiale :
même les
pays émergents
sont touchés.
Analyse intéressante
concernant la croissance de la productivité,
cause réelle de
la crise, et le partage du temps de travail (chapitre XI)
26.
Roche Marc, Les Banksters, voyage chez mes amis capitalistes, Albin
Michel, 2014, 232 pages.
Journaliste,
financier, correspondant du journal Le Monde à Londres, Marc Roche
est l’auteur d’un livre et d’un documentaire « La Banque », consacrés à Goldman Sachs.
Description
de l’intérieur du monde des banquiers et des
financiers, dont le comportement frôle
parfois la délinquance
(d’où les
« banksters » =
banquiers gangsters). L’auteur
montre comment les grandes banques et en particulier Goldmann réussissent à détourner les marchés à leur profit et à influencer
les états pour
leur plus grand bénéfice.
27.
Roosevelt Franklin D., Comment j’ai vaincu la
crise, Les Petits Matins / Alternatives économiques,
2014, 104 pages.
Recueil
de discours du président
Roosevelt pendant la crise de 1929. Thèmes
abordés : réguler
la finance ;
encadrer le pouvoir des grandes entreprises ;
le premier et le second New Deal ;
les principes d’une réforme fiscale ; la crise, l’Etat, la dette et la démocratie.
28.
Stiglitz Joseph E., Le Triomphe de la cupidité,
Babel, 2010, 516 pages.
Joseph
Stiglitz a obtenu le prix Nobel d’économie
en 2001. Analyse très détaillée
de la crise de 2008 et de son origine financière
d’abord
(les subprimes), puis de ses causes profondes. Montre le rôle joué par la dérèglementation
du système bancaire
et l’insuffisance
des mesures prises par 2008 qui contribueront à relancer un système sans le reformer véritablement. Le livre insiste sur la
cupidité
(« greed ») des grandes
entreprises (« too
big to fail »),
notamment financière, qui
ont démontré à multiples
reprises leur incompétence.
Ouvrage très détaillé parfois difficile à lire
mais appuyé
sur une documentation très
solide.
29.
Stuckler David, Basu Sanjay, Quand l’austérité
tue (Epidémies, dépressions
suicides :
l’économie
inhumaine), éditions Autrement, 2014, 334 pages.
Les
auteurs analysent les répercussions
sur la santé
publique des politiques économiques
menées pour répondre aux crises passées et présentes (USA, Islande, Grèce, Royaume Uni…) ;
ils montrent que les politiques d’austérité ont des conséquences désastreuses.
30. Varoufakis Yanis, Le Minotaure planétaire (L’ogre américain,
la désunion européenne et le chaos mondial), Enquêtes et perspectives,
Editions du Cercle, 2014, 382 pages.
L’auteur est économiste et universitaire. Il est devenu
ministre de l’économie
du gouvernement Tsipras. Il donne un rôle
central dans la crise aux « déficits jumeaux » des Etats-Unis (commerce extérieur et budget) et au mécanisme de recyclage des excédents mis en place à la fin des années 1970, lorsque le dollar a cessé d’être
convertible. Mais la cupidité
des banques et de Wall-street, cause du krach de 2008, provoque une crise de
confiance qui compromet l’équilibre
du système.